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Attaques houthis en mer Rouge : pourquoi le commerce maritime n’est (toujours) pas un long fleuve tranquille

Il y a deux ans, le 19 novembre 2023, le Galaxy Leader, navire roulier battant pavillon bahaméen et affrété par la compagnie japonaise Nippon Yusen, était pris d’assaut par les Houthis en mer Rouge. Moins de deux mois après le début du conflit entre le Hamas et Israël, cet épisode marquait le début d’une série de plus d’une centaine d’attaques contre des navires commerciaux dans la zone, revendiquées par l’organisation yéménite en soutien au Hamas.

Chiffres clés

  • 12 % → 9 % : part du trafic maritime mondial transitant par le canal de Suez, en chute depuis les attaques houthis de 2023.
  • 90 % : baisse du trafic des porte-conteneurs par Suez en 2024.
  • +80 % : hausse des taux de fret entre Shanghai et Rotterdam entre 2023 et 2025

 

Routes maritimes sous tension : le canal de Suez en perte de vitesse

Après cet épisode, nombre de commentaires mettaient en avant la vulnérabilité des routes sur lesquelles repose le commerce international. Et pour cause : ces attaques ont conduit les transporteurs maritimes à éviter les mers Rouge et d’Arabie, porte d’accès au canal de Suez, où transitait alors près de 12% du trafic maritime international. Aujourd’hui, la part est tombée sous les 9%. 

Le transport par porte-conteneurs, qui est le mode de transport dominant avec près de la moitié du tonnage transitant par Suez en 2022, fut le plus concerné par ces déviations. Il a enregistré une chute spectaculaire : ‑90% en 2024 et a continué de baisser cette année. La baisse du volume enregistrée pour les vraquiers et pétroliers était deux fois moins importante.

Données pour le graphique en format .xls

 

Des détours coûteux : l’effet domino sur les délais et les prix

La redirection des flux de conteneurs, majoritairement de l’Asie vers l’Europe, par le cap de Bonne Espérance rallonge les trajets d’une dizaine de jours, portant la durée totale à 40 à 50 jours pour relier les deux continents. Mais au-delà de voyages plus longs, les attaques houthis ont surtout entraîné des coûts accrus (carburant, équipages) et un besoin de davantage de navires pour assurer un service constant. Ces facteurs ont participé à une hausse des taux de fret sur la route entre Shanghai et Rotterdam. Après avoir été multipliés par 7 entre novembre 2023 et juillet 2024, avec des implications sur les taux mondiaux, ils sont restés nettement plus élevés qu’avant le début des attaques (+80% en janvier-octobre 2025 par rapport à la même période en 2023).

Malgré cela, le commerce mondial entre les deux continents a tenu bon. En 2024, les volumes transportés par conteneurs entre l’Asie de l’Est et Europe ont progressé à un rythme similaire à celui du commerce mondial. Et d’après les prévisions de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), le commerce de conteneurs entre les deux régions devrait même mieux performer que dans l’ensemble du monde cette année. 

 

Un commerce mondial résilient grâce à des ajustements stratégiques

 Au-delà de l’appétit des consommateurs européens pour les produits asiatiques, cette performance n’aurait pas été possible sans des ajustements de la part des transporteurs maritimes. Ces transporteurs avaient heureusement passé de nombreuses commandes aux chantiers navals les années précédant le début des attaques houthis. La flotte mondiale de porte-conteneurs a ainsi pu progresser rapidement l’année dernière et cette année. Mais surtout, ils ont focalisé les livraisons de nouveaux navires sur les routes reliant l’Asie de l’Est aux ports européens. Ces routes concentraient près de 25% de la capacité mondiale de porte-conteneurs en novembre 2025, alors que cette part ne dépassait pas les 21% en mai 2023, quelques mois avant le début des attaques des Houthis.

 

Retour à la normale et risque d’embouteillage

Alors qu’un nouvel équilibre semblait s’être installé, le cessez-le-feu entre le Hamas et Israël, en vigueur depuis le 10 octobre dernier, ouvre désormais la perspective d’un retour des navires commerciaux par le canal de Suez. A l’inverse de ce que l’on avait vu il y a deux ans, cela réduirait la durée des voyages et le besoin en navires pour assurer les services. Avec, à la clef, un possible retour à la normal des taux de fret. Pour l’heure, la reprise du trafic par le canal n’est que timide. Cependant, si un afflux de navire soudaine et massif devait se produire dans les semaines ou mois à venir, il pourrait au contraire provoquer de nouvelles perturbations logistiques et une flambée des taux fret. En effet, cela conduirait rapidement à une forte hausse d’arrivées de navires dans les ports européens. Or les opérations portuaires tournent déjà à plein régime dans cette zone. Le risque d’embouteillage est donc réel. De l’autre côté du globe, le goulot d’étranglement européen conduirait à des pénuries de conteneurs en Asie. 

Bref, le commerce maritime n’est pas près de reprendre son cours normal !

 

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