Études économiques
Automobile

Automobile

Automotive
Amérique Latine
Amérique du Nord
Europe centrale et de l'est
Europe de l'Ouest
Asie
Moy-Orient & Turquie
Changer de secteur

Forces

  • Période sans précédent d’innovation dans le secteur
  • Les constructeurs automobiles comptent parmi les plus gros investisseurs en R&D dans le monde

Faiblesses

  • Détérioration du risque de crédit dans plusieurs régions du monde, notamment aux États-Unis et au Royaume-Uni
  • Des normes anti-pollution de plus en plus contraignantes nécessitant de lourds investissements
  • De fortes incertitudes sur la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’automobile dues notamment aux effets d’entraînement de la guerre commerciale
  • La hausse du prix des pièces automobiles et équipements affecte les marges

Appréciation du risque

Ventes et immatriculations de véhicules dans l'UE15, aux États-Unis et en Chine (variation annuelle de la moyenne mobile sur 3 mois)

Ventes et immatriculations de véhicules dans l'UE15, aux États-Unis et en Chine (variation annuelle de la moyenne mobile sur 3 mois)

Le secteur automobile fait face à de nombreuses difficultés, dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale (2,7% prévu par Coface pour 2019 et 2020, contre 3,1% en 2018), confirmant ainsi son caractère pro-cyclique. Les ventes de voitures sont en baisse dans les principaux marchés mondiaux. Au premier semestre 2019, la baisse sur un an a atteint 1,9% aux États-Unis et 12,4% en Chine. Sur la même période, les nouvelles immatriculations ont diminué de 3,1% dans l’Union Européenne. L’évaluation Coface du risque sectoriel est désormais considérée comme « élevée » dans toutes les régions du monde pour lesquelles Coface publie des évaluations sectorielles. Cela illustre bien la mauvaise santé du secteur ainsi que la forte intégration des chaînes de production mondiale.

Le secteur automobile reflète les vulnérabilités actuelles de l’économie mondiale. Il est pénalisé à la fois par le ralentissement conjoncturel, par le protectionnisme commercial ainsi que par des changements structurels liés aux innovations, aux réglementations ou aux changements de comportements des consommateurs. En considérant la multitude de facteurs qui exercent une pression à la baisse sur les ventes de véhicules, Coface s’attend à ce que les difficultés du secteur se poursuivent dans le moyen terme.

Analyse approfondie du secteur
Le secteur automobile souffre du ralentissement de l’économie mondiale

D’un point de vue conjoncturel, le secteur automobile souffre du ralentissement de l’économie mondiale, avec une demande en repli dans les principaux marchés (Europe, Chine et États-Unis), ainsi que de la guerre commerciale engagée depuis 2018, principalement entre la Chine et les États-Unis, qui impacte négativement la confiance des acteurs.

La baisse de la demande renforce la concurrence entre les constructeurs et réduit leurs marges, tandis que la hausse du prix des équipements et de certaines matières premières pèse également sur leur rentabilité. Les constructeurs doivent donc choisir entre diminuer leurs marges ou augmenter le prix des véhicules. Coface s’attend à ce que les prix américains de plusieurs pick-up très recherchés connaissent cette année des hausses allant de 2 000 à 7 000 dollars. De plus, le Président Trump a menacé à plusieurs reprises d’augmenter les droits de douane sur les importations de véhicules aux États-Unis, ce qui pourrait impacter fortement les constructeurs automobiles européens et asiatiques notamment.

Si les ventes de véhicules légers aux États-Unis sont en nette baisse, la forte résilience du segment des camions légers (pick-up, SUV) permet au secteur dans sa globalité de limiter les pertes. Mais dans un contexte économique incertain, il devrait avoir des difficultés à retrouver une situation favorable. Après avoir connu une croissance de 2,9% en 2018, l’économie américaine devrait atteindre 2,5% en 2019 mais seulement 1,3% en 2020, selon les prévisions de Coface, en raison, notamment, des répercussions de la guerre commerciale et d’un niveau d’investissement des entreprises moins dynamique. Dans ce contexte, la FED a décidé d’abaisser ses taux directeurs d’un quart de point à la fin juillet 2019. Cependant, le coût des emprunts automobiles devrait rester élevé et la qualité de crédit diminuerait du fait de la hausse de prix des véhicules, qui est d’ores et déjà à l’œuvre. En février 2019, la FED annonçait que 7 millions d’Américains accusaient 90 jours de retard dans leur échéance de crédit automobile, un niveau jamais atteint depuis 2011. La « dette automobile », évaluée à 1 270 milliards de dollars, prend de plus en plus de poids dans la dette des ménages américains.

En Chine, le ralentissement de la croissance se confirme. Elle devrait s’établir à 6,3% en 2019 et à 6% en 2020 contre 6,6 % en 2018. L’économie pâtit de la guerre commerciale avec les États-Unis. Le secteur automobile chinois est très impacté négativement, tout comme la confiance des consommateurs. Par ailleurs, ce secteur est aussi fortement pénalisé par des nouvelles règles d’homologations introduites en juillet (qui  seront détaillées dans le dernier paragraphe ci – dessous). Ainsi, malgré les mesures de soutien du gouvernement, Coface s’attend à ce que les ventes de véhicules chinois diminuent en 2019.

La détérioration des perspectives économiques des grandes économies de la zone euro (Allemagne, France et l'Italie), ainsi que l'incertitude politique au Royaume-Uni, devraient continuer à peser sur les nouvelles immatriculations en Europe. Le ralentissement économique annoncé pour 2019 ne devrait pas voir d’améliorations significatives en 2020, avec respectivement 1,3 % et 1,4% de croissance prévue par Coface dans la zone euro, après 1,8% en 2018. L’économie allemande et son secteur automobile, dépendant de la conjoncture mondiale, sont très négativement affectés. Coface estime la croissance économique allemande à 0,8% cette année et prévoit 1,2% en 2020, contre 1,5% en 2018. De plus, la production automobile allemande est passée d’une croissance annuelle de 5% en février 2017 à un recul de 12% sur un an en avril 2019. Ces difficultés impactent notamment les pays d’Europe Centrale et de l’Est, dont les chaines de valeur du secteur automobile sont très intégrées à celle de l’Allemagne.

 

Pleine mutation – la fin de la technologie diesel ; à la montée en puissance de l’e-mobilité.

D’un point de vue structurel, le secteur automobile, à un niveau mondial, est en pleine mutation. Cette dernière est principalement liée à une transition vers la fin de la technologie diesel et à la montée en puissance de l’e-mobilité.

La technologie diesel, décriée en raison des problèmes de santé qu’elle génère, est en déclin dans le monde. La part de ventes mondiales de véhicules diesel devrait passer de 19% en 2017 à seulement 5% en 2030. Ce déclin est nettement visible en Europe où, d’après l’association européenne des fabricants d’automobiles (ACEA), la part des nouvelles immatriculations diesel est passée de plus de 51% en 2015 à moins de 36% en 2018. Par conséquent, les constructeurs doivent se détourner du diesel et cela implique un bouleversement des chaînes de production. A court terme, cette transition se fait au profit des véhicules à moteur essence mais, à moyen terme, l’e-mobilité devrait représenter une part quasiment équivalente à celle des véhicules fonctionnant aux énergies fossiles (48% des ventes en 2030, d’après Statista).

La montée en puissance de l’e-mobilité est principalement liée à l’arrivée de nouveaux acteurs tels que le constructeur Tesla, leader sur le segment des véhicules électriques. Face à cette tendance, les principaux constructeurs traditionnels sur le marché engagent de lourds investissements en Recherche & Développement et étoffent leur gamme de véhicules électriques, afin de rivaliser avec ces nouveaux acteurs. Cette situation pourrait accroître l’intérêt des constructeurs traditionnels à s’associer pour augmenter leur capacité d’investissement. C’était l’un des objectifs du projet de fusion entre Renault et Fiat-Chrysler au deuxième trimestre 2019 (avorté au moment de la rédaction de cette fiche) ; ce dernier souhaitant notamment bénéficier de la technologie de Nissan (partenaire de Renault dans l’alliance entre les deux constructeurs) en matière d’e-mobilité.

Le segment de l’e-mobilité, bien qu’impacté par les difficultés du secteur, poursuit sa progression dans les principaux marchés mais reste très dépendant des primes à l’achat. L’augmentation importante du nombre de modèles commercialisés ainsi que de leur autonomie d’utilisation sont deux des raisons majeures de cette progression. Mais cette croissance exponentielle s’explique aussi par les subventions ou primes à l’achat accordées par les gouvernements des principaux marchés. C’est le cas en Chine, premier marché mondial, où les ventes de véhicules électriques ont progressé de 52% au cours du premier semestre 2019. Cependant, le gouvernement chinois a décidé de réduire ses primes à l’achat, encore plus drastiquement que prévu, à partir de juin 2019. L’objectif est triple : faire des économies budgétaires, inciter les entreprises à monter en gamme et opérer une sélection parmi les nombreuses entreprises automobiles nationales en surcapacité de production. Ainsi, des incertitudes pèsent à court terme sur le degré d’expansion du secteur de l’e-mobilité en Chine, seul segment de l’automobile à résister à la chute des ventes. Tesla pourrait être fortement affecté par la baisse des subventions chinoises, d’autant que l’entreprise souffre également de la même baisse à l’œuvre aux Etats-Unis.

 

Les acteurs du secteur automobile doivent d’adapter à un contexte de réglementations accru contre la pollution et le réchauffement climatique, qui deviennent plus contraignantes.

Ces mesures obligent les constructeurs à engager de lourds investissements pour se conformer aux normes. En Europe, la nouvelle réglementation WLTP de 2017, qui vise à rendre les tests d’émissions plus conforme à l’utilisation réelle des véhicules, continue d’impacter les chaînes de production et de freiner la croissance des immatriculations. En Chine, la crise que traverse actuellement le marché automobile s’explique également par le renforcement rapide des normes anti-pollution. Le pays fait de cet enjeu sanitaire et environnemental une de ces priorités et a décidé d’accélérer le rythme des réformes dans ce sens. Ainsi, le gouvernement a avancé l’application de la réglementation « China 6 » au 1er juillet 2019, au lieu de juillet 2020. Cette réglementation fixe des normes d’émissions de polluants nettement plus strictes qu’auparavant. Pour l’heure, 15 provinces chinoises sont concernées par cette réglementation, ce qui représente environ les deux tiers des ventes du pays. Inquiets de ne plus pouvoir vendre une partie de leurs voitures, les concessionnaires ont été obligés d’appliquer de lourds rabais pour tenter d’écouler leur stock avant l’entrée en vigueur de « China 6 ». En outre, les constructeurs doivent s’adapter rapidement et risquent d’éprouver d’importantes difficultés pour se conformer à cette réglementation dans les prochains mois.

Bien qu’il existe une tendance naturelle à converger sur l’adoption de normes anti-pollution des  principaux marchés automobiles (et à être suivies dans les pays moins important mais participant à leur chaine de valeur), la question de l’homogénéité des normes entre principaux marchés reste à surveiller au regard du risque de segmentation. Ainsi, aux Etats-Unis, le clivage juridique entre l’État de Californie et le gouvernement fédéral américain sur le « Clean Air Act » illustre bien le risque de fragmentation. La Californie bénéficie d’une dérogation pour fixer elle-même ses normes anti-pollution et oblige ainsi les constructeurs automobiles à respecter des règles plus contraignantes que les autres États. La mise en place de règlementations contradictoires engendrerait des difficultés opérationnelles supplémentaires pour les constructeurs.

 

 

Notes de lecture :

Le segment « e-mobilité » dans le secteur automobile rassemble les véhicules totalement électriques, les hybrides électriques ainsi que les véhicules à hydrogène.

 

Dernière mise à jour : septembre 2019

Haut de page
  • Nederlands
  • Français
  • English