Papier

Asie-Pacifique
Risque élevé
Europe centrale et de l'est
Risque élevé
Amérique Latine
Risque moyen
Moyen-orient et Turquie
Risque élevé
Amérique du Nord
Risque élevé
Europe de l'Ouest
Risque très élevé Détérioration récente

Résumé

Points forts

  • Augmentation modérée mais structurelle de la production mondiale de pâte à papier et de produits en papier
  • Rentabilité correcte à travers le cycle (marges EBITDA moyennes de 12 à 15 % des ventes, suffisantes pour financer les dépenses d’investissement d’environ 5 à 8 % des ventes)
  • Utilisation du papier plus durable par rapport aux matériaux d’emballage alternatifs (plastique, métaux, verre)
  • Articles d’hygiène en papier : un segment en croissance et résilient

Points faibles

  • Réglementation croissante pour la gestion éthique et durable des ressources forestières, augmentant les coûts et la complexité pour les importateurs et exportateurs
  • Pâte à papier : segment volatile à haute intensité capitalistique avec une forte concurrence des entreprises de l’hémisphère sud (Uruguay, Brésil, Indonésie)
  • Papier graphique : baisse de long terme de la demande pour le papier journal et d’impression
  • Papier d’emballage : forte sensibilité aux cycles économiques et du commerce international

Evaluation des risques sectoriels

L’industrie papetière mondiale affronte un régime de croissance structurellement plus lent. Depuis le début de la décennie, la production mondiale progresse d’environ 1,0 % par an, contre 1,5 % par an en moyenne durant la décennie précédente. Le ralentissement de la demande provenant de l’industrie de l’emballage et le déclin structurel de l’utilisation des papiers graphiques, combinés à l’ajout de nouvelles capacités de production dans les pays de l’hémisphère Sud ainsi qu’à un contexte de coûts d’exploitation élevés (production, transport) et de coûts financiers accrus (coût de la dette), exercent une pression sur les marges bénéficiaires et portent la plupart des indicateurs de risque à des niveaux historiquement élevés.

Le rebond de la production de pâte à papier, des prix de la pâte et de la production de produits papetiers de 2024 s’est révélée de courte durée. En 2025, ces trois indicateurs ont nettement ralenti, enregistrant respectivement des évolutions de -1%, -3% et 0%, dans un contexte de croissance économique plus faible que prévu dans la plupart des économies développées. L’impact négatif du conflit au Moyen-Orient sur l’économie mondiale devrait peser sur toute perspective de reprise. Nous anticipons, par conséquent, une stabilité de la production mondiale de pâte à papier et d’articles en papier pour 2026. Une légère amélioration de l’environnement économique mondial en 2027 pourrait toutefois se traduire par une croissance un peu plus soutenue pour le secteur.

Aux difficultés structurelles du secteur (prix de l’énergie élevés, concurrence accrue des pays à bas coûts, multiplication des événements climatiques extrêmes, durcissement des réglementations environnementales) s’ajoute désormais un ralentissement tendanciel de la croissance de la demande qui pourrait néanmoins favoriser une consolidation attendue de longue date. Cette tendance s’est d’ailleurs déjà accélérée ces dernières années, comme en témoignent plusieurs opérations majeures (fusion entre Smurfit Kappa et WestRock en 2024, acquisition de DS Smith par International Paper en 2024, coentreprise dans les mouchoirs entre Suzano et Kimberly-Clark annoncée en 2025).

À long terme, la production globale de pâte à papier et de produits en papier continuera de croître globalement en ligne avec le PIB, avec des dynamiques différentes selon les principaux segments : le papier graphique devrait continuer de décliner en raison de la numérisation, les emballages en papier resteront dépendants de la production industrielle et du commerce, tandis que le papier sanitaire restera robuste grâce à sa nature non discrétionnaire et à la hausse des revenus des ménages.

Perspectives économiques du secteur

Distinguo entre pâte à papier en amont et produits en papier en aval

L’industrie papetière comprend la production de pâte à papier et sa transformation en emballages à base de papier, papier graphique et articles d’hygiène en papier. Les entreprises papetières opèrent en amont (pâte à papier), en aval (produits en papier) ou tout au long de la chaîne de valeur (intégration verticale). L’industrie est principalement locale ou régionale en raison des coûts élevés de transport associés à la nature volumineuse et lourde des produits en papier, ce qui rend la production et la distribution locales plus économiques.

Les entreprises papetières intégrées verticalement contrôlent plus des deux tiers de la production mondiale de pâte à papier, les usines de pâte étant situées à proximité des usines de papier pour des raisons d'efficacité. Le tiers restant, la pâte dite marchande, est vendu sur les marchés internationaux pour répondre aux besoins des pays déficitaires en ressources forestières et des entreprises opérant uniquement en aval. Bien que les prix de la pâte à papier varient entre les régions en raison des différences de qualité, de propriétés et de coûts d’exploitation, ils ont tendance à suivre des schémas similaires dans toutes les grandes régions productrices. La Chine concentrant près du tiers de la production de produits en papier, le pays est le principal moteur du marché mondial de la pâte.

Production de papier stable en 2026, poursuite du recul des prix de la pâte malgré les pressions inflationnistes

La reprise observée en 2024 dans la production de pâte à papier, les prix de la pâte et la production d’articles en papier s’est révélée de courte durée, les trois indicateurs ayant nettement ralenti en 2025 (-1 %, -3 % et 0 %, respectivement), dans un contexte de croissance économique plus faible qu’attendu dans la plupart des économies matures. Quelques pays, dont la Chine, où la production d’articles en papier a progressé de 5 %, la Pologne (+2 %), l’Uruguay (+2 %), le Portugal (+1 %) et la Finlande (+1 %), sont néanmoins parvenus à aller à contre-courant de la tendance mondiale et à gagner des parts de marché dans un environnement par ailleurs déprimé.

Nous anticipons une production de pâte à papier et d’articles en papier globalement stable en 2026, alors que le regain de pressions inflationnistes provoqué par le conflit au Moyen-Orient pèse sur la consommation des ménages et la production industrielle dans les économies matures. Malgré les efforts de réduction des capacités dans les pays de l’hémisphère Nord et un environnement globalement inflationniste, les prix de la pâte à papier devraient encore légèrement refluer en raison de la poursuite des investissements dans de nouvelles capacités dans les pays de l’hémisphère Sud (notamment au Chili, au Brésil, en Uruguay et en Indonésie) ainsi qu’en Chine.

Cette tendance devrait renforcer le basculement de long terme de la production mondiale au détriment des producteurs de l’hémisphère Nord, notamment les États-Unis, le Canada, la Scandinavie et le Japon, dont la part dans la production mondiale n’a cessé de diminuer au cours de la dernière décennie au profit d’acteurs de l’hémisphère Sud tels que le Brésil, l’Indonésie, l’Uruguay et le Chili. Ces producteurs émergents approvisionnent non seulement des marchés structurellement déficitaires en pâte à papier, comme la Chine, le Japon et l’Inde, mais concurrencent également de plus en plus les producteurs nord-américains et européens sur leurs propres marchés.

Le règlement de l’Union européenne sur la déforestation, connu sous le nom d’EUDR, représente également une évolution réglementaire importante pour le secteur. Devant initialement entrer pleinement en vigueur en janvier 2025 avant d’être reportée à 2026, sa mise en œuvre a de nouveau été repoussée à 2027 afin de laisser davantage de temps aux entreprises pour se conformer à ses exigences. Ce règlement imposera aux entreprises de s’assurer que leurs produits papetiers ne proviennent pas de zones récemment déboisées, dans le cadre d’efforts plus larges visant à promouvoir des pratiques plus durables dans l’ensemble du secteur. Si cette évolution pourrait bénéficier aux entreprises disposant de pratiques d’approvisionnement responsables, elle devrait également accroître les coûts de conformité, complexifier la gestion des chaînes d’approvisionnement et potentiellement restreindre l’accès au marché pour les importateurs européens comme pour les exportateurs internationaux ne respectant pas les exigences de l’UE. L’EUDR représente ainsi la dernière étape majeure des efforts de l’Union européenne pour améliorer la durabilité tout au long de la chaîne de valeur du papier.

Produits en papier : rebond des emballages, déclin du papier graphique, articles d’hygiène résilients

L’industrie papetière a produit environ 429 millions de tonnes de produits à base de papier en 2025, un volume pratiquement inchangé par rapport à 2023 (+0,4 %).

Les emballages à base de papier représentent 70 % des volumes de produits papetiers. Le papier étant utilisé dans un très large éventail d’industries, aussi bien pour les emballages primaires, c’est-à-dire en contact direct avec les biens, que pour les emballages secondaires et tertiaires, utilisés pour le stockage et le transport, sa production suit globalement les tendances de la production industrielle et du commerce mondial. À l’instar de la pâte à papier, la production de produits papetiers s’est nettement redressée en 2024 avant de perdre de son élan et de reculer depuis mi-2025.

Représentant 20 % des volumes de produits papetiers, le papier graphique a atteint son point haut en 2007 et n'a cessé de décliner depuis, la production ayant diminué d'un tiers au cours de la dernière décennie. Le déclin du lectorat des journaux imprimés et la réduction de la consommation de papier d'impression due à la numérisation de l'économie sont des tendances lourdes et séculaires ; les données de production, lorsqu'elles sont disponibles, montrent que 2024 n'a pas fait exception à la tendance. Les stratégies visant à réduire la surcapacité en fermant des usines dans les économies matures à un rythme de 3 à 6 % par an et à trouver des marchés de niche plus rentables et viables sont la priorité des acteurs spécialisés. Cela dit, la conversion des lignes de production du papier graphique vers l'emballage pourrait accroître la surcapacité sur ce marché de produits adjacent.

En comparaison, les articles en papier à usage sanitaire (10 % des volumes de produits en papier) sont davantage à l'abri des cycles économiques en raison de leur nature essentiellement non discrétionnaire. La consommation par habitant est fortement corrélée aux niveaux de revenus des ménages : la production mondiale a augmenté de 25% au cours de la dernière décennie, principalement sous l'impulsion de la Chine (+44%), du Brésil (+35 %), du Mexique (+22%), de la Pologne (+70%) et de l'Inde (+290%). Les produits sanitaires se distinguent du reste du marché, car il s'agit essentiellement de biens de consommation vendus par la grande distribution. En 2025 comme lors des années précédentes, les principaux producteurs, notamment Kimberly Clark, Oji Paper, Essity, Unicharm, Hengan International et Ontex, se sont tous mieux comportés que l'ensemble de l'industrie papetière en enregistrant une croissance plus forte de leurs ventes et des marges brutes globalement stables.

Pour 2026 et 2027, nous anticipons une poursuite des tendances de long terme qui devraient continuer à soutenir les ventes d’articles d’hygiène en papier et peser sur celles de papier graphique. La production d’emballages à base de papier devrait au mieux rester stable en 2026, avant d’enregistrer une croissance modérée en 2027.

Auteurs et experts