L’incertitude géopolitique transforme profondément la manière dont les entreprises belges évaluent le risque de crédit. Le dernier CFO Report de Coface montre comment les dirigeants financiers s’adaptent à un environnement marqué par les perturbations des chaînes d’approvisionnement, le ralentissement de la demande et une pression croissante sur la trésorerie.
Les entreprises belges évoluent aujourd’hui dans un environnement de risque de plus en plus complexe, où les tensions géopolitiques ne constituent plus une menace lointaine mais un défi direct pour leurs activités. Selon le dernier CFO Report de Coface, 85 % des entreprises belges déclarent déjà subir les conséquences des évolutions géopolitiques, tandis que plus d’un quart d’entre elles qualifient cet impact de fort ou très fort.
L’étude met en évidence une évolution majeure dans la manière dont le risque de crédit est perçu et géré. Historiquement, les entreprises se concentraient principalement sur la solidité financière de leurs clients, en analysant la solvabilité, les bilans et les historiques de paiement. Aujourd’hui, le risque de crédit dépasse largement les seuls indicateurs financiers. Des facteurs externes tels que l’instabilité géopolitique, les fragilités des chaînes d’approvisionnement et les perturbations liées à l’énergie influencent de plus en plus l’exposition au risque. Ainsi, 53 % des répondants indiquent que ces facteurs affectent la demande des clients, tandis que 28 % déclarent avoir subi des perturbations dans leur chaîne d’approvisionnement.
Face à l’incertitude croissante, les entreprises belges renforcent leurs dispositifs de surveillance du risque. Plus de huit entreprises sur dix (82 %) ont recours à des notations ou à des évaluations externes du risque de crédit, tandis que 62 % suivent activement les retards de paiement. Toutefois, le rapport souligne que de nombreuses organisations peinent encore à transformer les informations sur les risques en décisions opérationnelles concrètes. La prise de conscience progresse, mais le passage à une gestion proactive reste un enjeu majeur.
Les résultats montrent également la difficulté de trouver le juste équilibre entre la préservation de la trésorerie et le soutien à la croissance. Dans un contexte marqué par une demande atone, des pressions inflationnistes et des délais de paiement plus longs, la protection des liquidités est devenue une priorité stratégique. Cependant, une prudence excessive peut freiner les investissements, limiter les ambitions commerciales et ralentir le développement des entreprises.
Une autre conclusion importante concerne le rôle des équipes de gestion des risques au sein des organisations. Bien que ces fonctions soient essentielles à la prise de décision stratégique, 62 % des répondants les considèrent encore comme un frein potentiel à la croissance. Seuls 24 % des professionnels du risque participent directement à la phase de prise de décision, ce qui révèle un important potentiel d’amélioration dans l’intégration de l’expertise risque au cœur de la stratégie d’entreprise.
Pour Alexandre Lacreu, Country Manager de Coface Belgique, les équipes risques ne doivent pas seulement intervenir lorsque les problèmes surviennent. Elles doivent contribuer activement à la prise de décision et aux initiatives de croissance dès les premières étapes du processus. Le rapport aboutit ainsi à un constat clair : les entreprises capables de combiner vigilance et agilité seront les mieux armées pour maîtriser les risques tout en poursuivant une croissance durable dans un environnement économique de plus en plus incertain.
