Le secteur extractif tire l’investissement et l’export
En 2026, la croissance va continuer d’accélérer, toujours soutenue par l’essor de l’activité minière (65 % de la croissance sur les trois premiers trimestres de 2025) et par la reprise de la dépense publique. Le secteur minier bénéficiera du cours de l’or qui devrait rester élevé et surtout d’une hausse considérable de l’extraction de minerai de fer déjà amorcée fin 2025 (+430 % au T3 2025 en volume, en g.a.). Celle-ci accompagne essentiellement la mise en service de l’extension de son usine de concentration de minerai par Arcelor Mittal, principal exploitant du pays (89 % de la production nationale de fer). Les investissements du groupe visent à produire 20 millions de tonnes par an dès 2026 contre 4 millions en 2024. De plus, le groupe américain Ivanhoe Atlantic, qui débute l’exploitation de la mine de fer de Kon Kweni en Guinée, a annoncé un investissement de 1,8 Mds USD pour moderniser la ligne ferroviaire Yepeka (site Arcelor-Mittal) – port libérien de Buchanan à partir de 2026. Ce corridor, jusqu’ici exclusivement exploité par Arcelor, doit être ouvert à la concurrence en 2030 et pourrait permettre au Liberia de devenir un axe de transit pour l’exportation du minerai de fer guinéen. Enfin, la signature d’un accord de prospection pétrolière avec Total Energies et le groupe nigérian Oranto Petroleum, en février 2026, pourrait également permettre de renforcer le secteur énergétique libérien à moyen-terme.
Le secteur agricole (23 % du PIB et 68 % de la population active en 2025) a connu une croissance dynamique (+ 4,7 %), porté par la production de riz et l’essor de l’huile de palme. La culture de l’hévéa, principale culture d’exportation, a cependant marqué le pas en 2025. En 2026, sous réserve de conditions météorologiques adaptées, cette dynamique positive devrait se poursuivre, tout comme les difficultés du caoutchouc, dont les prix devraient se stabiliser. Les investissements dans le secteur agricole se poursuivront grâce au soutien des institutions multilatérales ainsi que de partenaires européens, notamment l’Allemagne, dans le cadre du programme d’investissement Héritage, qui prévoie d’injecter 900 M USD dans l’agriculture libérienne d’ici 2029.
L’inflation a nettement reflué au dernier trimestre 2025, favorisée par le recul des cours du pétrole importé, un taux de change favorable aux importations (le dollar libérien s’est apprécié de 6,6 % contre le dollar US en 2025) et le dynamisme de la production agricole vivrière, qui a permis de limiter les importations. Les prix devraient continuer à s’assagir en 2026. Du fait de sa faible transmission liée à la dollarisation, la politique monétaire restera restrictive (taux directeur à 16,25 % en février 2026). Cependant, la poursuite de son assouplissement bénéficiera à la consommation privée, alors que le coût du crédit reste particulièrement élevé (12,4 % de taux moyen pour les prêts en USD). La consolidation du secteur bancaire, mieux capitalisé, se poursuivra, et le taux de prêts non-performants (12,6 % en février 2026) pourrait passer en dessous du seuil réglementaire de 10 % en 2026.
Une augmentation des dépenses publiques soutenue par les financements multilatéraux
En 2025, la hausse des dépenses et la réduction de l’aide internationale (-23 % en g.a.) ont été compensée par l’accroissement des recettes (+ 35 % entre 2023 et 2025). Cette augmentation résulte de la hausse des redevances minières (+ 46 % en g.a.), de la modernisation de l’administration fiscale, du renforcement des contrôles et de hausse de la taxe sur les biens en services (passée de 10 à 12 %). L’excédent primaire (c.-à-d. hors intérêts) a atteint 1,4 % du PIB. En 2026, le déficit pourrait légèrement se creuser, alors que le budget prévoie une augmentation massive des dépenses publiques (+ 41 % en g.a.). Sur le plan des dépenses, le budget 2026 prévoie un vaste plan d’investissement public sectoriel (PSIP, 23 % du budget) dans le réseau routier et dans l’énergie, alors que ces deux secteurs sont historiquement sous-investis et freinent l’investissement. Le service de la dette augmentera considérablement (+50 % en g.a.) à 230 M USD, essentiellement dû aux créanciers domestiques, notamment la Banque centrale. Néanmoins, le déficit sera contenu par un versement exceptionnel de 200 M USD (16 % du budget) par Arcelor Mittal à la suite de l’accord de prolongation de sa concession minière de Yekepa, signé en janvier 2026. Les ressources fiscales devraient aussi continuer à augmenter alors que la taxe sur les biens et services doit être remplacée par une TVA à 15 % début 2027. La marge de manœuvre fiscale reste large, puisque le poids des prélèvements dans le PIB demeure faible (19 % du PIB en 2025). L’aide internationale rebondira, notamment sous l’effet des dons européens, sans toutefois retrouver son niveau de 2024.
Le déficit public sera financé par des emprunts auprès de la Banque centrale (principal créancier domestique), des dons de partenaires étrangers, en particulier la Banque mondiale (40 M USD) et l’UE (20 M USD) et des prêts concessionnels. La part extérieure représente 57 % de la dette publique et est détenue presque exclusivement par des partenaires multilatéraux. Le Liberia est toujours engagé dans un programme du FMI assorti d’une Facilité de crédit étendue du FMI de 210 M USD, déboursé jusqu’en 2027. Une Facilité de résilience et de soutenabilité (RSF) est actuellement en discussion avec le FMI pour un montant additionnel de 265 M USD.
Le déficit courant se réduira en 2026, principalement porté par une réduction du déficit commercial. La hausse des exportations d’or et de minerai de fer compensera la baisse de celles de caoutchouc, tandis que les cours pétroliers et alimentaires bas allègeront le poids des importations. Les remises des expatriés (15,4 % du PIB en 2024), qui vivent essentiellement aux Etats-Unis, au Ghana et en Côte d’Ivoire, devraient encore augmenter. Les IDE (essentiellement destinés au secteur minier, ils couvrent 1,5 fois leurs importations de matériel), les dons (185 M USD) et les prêts concessionnels (133 M USD) continueront de financer l’essentiel du déficit. Les réserves de change nettes de la banque centrale se sont redressées fin 2025 à l’équivalent de 2,3 mois d’importations, mais restent en dessous du seuil recommandé par la CECEAO (3 mois).
Fragile majorité présidentielle qui acte la fin de la paralysie législative
Le président Joseph Nyuma Boakai (81 ans), élu après un scrutin serré en novembre 2023, gouverne depuis 2024 grâce à une majorité informelle à la Chambre des représentants et au Sénat. La formation présidentielle, le Parti de l’Unité (UP), ne dispose que de 11 sièges sur 73 à la Chambre, mais bénéficie du soutien de divers petits partis ainsi que d’élus indépendants au rôle crucial (19 sièges). Le principal parti d’opposition, le Congrès pour le changement démocratique (CDC) fondé par l’ancien président George Weah (2018-2024), détient 25 sièges, mais a perdu le soutien de son principal allié, le Parti National Patriotique en mars 2025. Des cadres du CDC, dont le vice-président de l’Assemblée Thomas Fallah, ont aussi fait défection pour rejoindre le camp présidentiel. L’activité législative a repris, après avoir été paralysée entre octobre 2024 et mai 2025 par la vive contestation parlementaire visant le président de la Chambre, Jonathan F. Koffa (CDC). Celui-ci a fini par démissionner et Richard Koon (UP), réputé proche du président, lui a succédé. En 2026, en l’absence d’échéance électorale, la situation politique devrait demeurer stable et les risques sécuritaires resterons faibles. M. Boakai bénéficie par ailleurs du soutien de certains partis d’opposition sur la lutte contre la corruption (quatre propositions de loi dans ce sens étaient examinées en février 2026) et le développement du secteur minier.
Les relations du Liberia avec ses partenaires internationaux devraient continuer à se renforcer. Le Liberia a rétabli des relations diplomatiques avec la Guinée en octobre 2025. Bien qu’ayant été lourdement impacté par la suppression de l’USAID en 2025, le Liberia devrait maintenir des relations étroites avec les Etats-Unis. Deux délégations libériennes ont été reçues à la Maison blanche en 2025, notamment pour y discuter de la fourniture de minerais. Le département d’Etat a signé en décembre un plan de soutien de 125 M USD sur cinq ans pour la fourniture de vaccins et le financement du système de santé. En janvier 2026, une délégation d’investisseurs américains a annoncé envisager USD 900 millions d’investissement. L’élection du Liberia au Conseil de sécurité de l’ONU en juin 2025, pour deux ans, a été soutenue par Washington. En parallèle, le Liberia devrait continuer de renforcer ses relations avec la Chine afin de combler la réduction de l’aide américaine. En janvier 2026, les deux pays ont signé un accord de coopération incluant un don de 100 M RMB (14 M USD).

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