En 2026, un rebond économique porté par les exportations de cuivre et l’investissement pour la diversification des exportations
En 2025, le moteur historique de l’économie mongole, l’exportation de charbon de haute qualité, s’est essoufflé. Le fléchissement de son cours et l’affaissement structurel de la demande chinoise en sont les principales causes. Ce ralentissement a été partiellement compensé par la hausse de la consommation privée. Celle-ci a été soutenue par la modération de l’inflation (légèrement supérieure à la cible de 8%) – qui devrait se poursuivre en 2026 – l’augmentation des revenus, rendue possible par une revalorisation des salaires des fonctionnaires et des pensions, le rebond du secteur agricole après l’hiver 2024, particulièrement rigoureux, ainsi que par la redistribution de la richesse produite par les mines de cuivre (hausse des salaires, versement de dividendes) et le développement du marché du crédit.
En 2026, la croissance devrait légèrement rebondir, soutenue par l’accroissement continu des exportations de cuivre et d’or, rendu possible par l’extension de la mine d’Orkhon (cuivre et molybdène, dans le nord du pays), autofinancée par l’entreprise nationale qui l’exploite, et de la mine d’Oyu Tolgoi (cuivre et or, dans le sud du pays), financée par des institutions multilatérales, des agences de crédit export canadiennes et australiennes, ainsi que par le groupe anglo-australien Rio Tinto. Les investissements devraient également s’intensifier en direction de nouveaux projets miniers – souvent dédiés à l’extraction de terres rares, comme la mine d’uranium de Zuuvch-Ovoo, dans le sud-est du pays, exploitée par Orano, près de laquelle une centrale nucléaire sera bâtie –, mais aussi dans les industries de transformation – avec des usines de traitement du cuivre et du charbon, de fabrication d’acier et de raffinage de l’or –, dans la production d’énergie – avec deux centrales hydroélectriques financées par la Chine et la grande centrale thermique adossée à la mine de charbon de Talvantolgoi –, et enfin, dans les connexions ferroviaires transfrontalières avec la Chine.
Ces investissements illustrent la volonté du gouvernement de diversifier l’économie. En effet, malgré la possible ouverture du débouché indien, les revenus tirés des exportations de charbon pourraient demeurer déprimés dans les prochaines années. Par ailleurs, certains projets, auxquels s’ajoute la raffinerie d’Altanshiree (sud-est du pays), qui pourrait finalement être mise en service en 2026, visent à atténuer les pénuries d’énergie, qui freinent l’activité économique et alimentent l’inflation. Cette dernière devrait, comme expliqué plus haut, continuer à ralentir en 2026, bien que la forte dépendance aux importations, couplée aux risques de dépréciation du Tugrik, soit source d’incertitude.
Austérité budgétaire face à la chute des recettes charbonnières
En 2025, les comptes publics sont redevenus déficitaires après plusieurs années d’excédent, en raison de la baisse inattendue des recettes issues des exportations de charbon et de la hausse des dépenses publiques. Celles-ci ont été tirées par les investissements dans les grands projets miniers, énergétiques et d’infrastructures, ainsi que par la revalorisation des salaires des fonctionnaires et des retraites, initiée en 2024. Pour redresser la situation budgétaire, le nouveau gouvernement a révisé le budget mi-2025, réduisant la dépense publique de deux points de PIB, via une baisse de 9 % du nombre de fonctionnaires entre 2025 et 2026, la prorogation ou la réduction des investissements, et des coupes dans les dépenses courantes.
Le déficit devrait se résorber en 2026. Les dépenses courantes n’augmenteront que de 2 %, malgré les pressions inflationnistes et la hausse des prix des matières premières. Plusieurs ministères verront leurs budgets gelés au niveau de 2025, certains subiront des réductions de 6 à 12,8 %, et les dépenses jugées « non essentielles » seront reportées. Les projets arrivant à échéance en 2026 seront intégralement financés, tandis que ceux s’étendant au-delà et non alignés sur le plan de développement national seront réduits ou repoussés. Les salaires des enseignants, médecins et chercheurs, ainsi que les pensions et prestations sociales, progresseront au rythme de l’inflation. Les investissements dans l’éducation et la santé augmenteront, en partie grâce aux financements de partenaires multilatéraux (UE, Banque asiatique de développement, BERD). Le ratio dette/PIB devrait légèrement croître en 2026 : 94 % des créances sont libellées en devises étrangères, 56 % de la dette est détenue par des créanciers multilatéraux ou bilatéraux, et 30 % sous forme d’eurobonds d’une maturité moyenne de cinq ans. Le gouvernement cherche à accroître la part de dette domestique, tout en appliquant les nouvelles règles adoptées début 2025 : déficit structurel plafonné à 2 % du PIB, dette publique à 60 %, et dépenses courantes à 30 %. Ces efforts, conjugués à la baisse du ratio dette/PIB des dernières années, ont valu à la Mongolie une révision à la hausse de sa note souveraine par S&P (BB-).
La chute des exportations de charbon de 2025 continuera de peser sur la balance commerciale ; elle ne sera que partiellement compensée par la progression des exportations d’autres minerais. Les importations de biens et services – un tiers de ces derniers correspond au recours aux transports étrangers, induit par l’enclavement –, soutenues par la hausse des revenus des ménages et les projets de construction, devraient croître au même rythme que le PIB. Ce déficit sera financé par les excédents du compte de capital (subventions de l’ADB et conversion de dette allemande en investissements) et du compte financier, alimenté par les IDE du Canada, de France, de Chine, du Japon, de Corée du Sud et des Pays-Bas, ainsi que par des dons de la Banque asiatique de développement et de la Banque mondiale destinés à maintenir les réserves de change au-dessus de trois mois d’importations.
Risque d’instabilité politique sur fond de corruption et de querelles intestines
Depuis la chute du régime communiste et l’adoption de la Constitution de 1992, le régime politique mongol est une république semi-présidentielle monocamérale, globalement respectueuse des normes démocratiques. Le pays traverse une période de très forte instabilité politique : deux premiers ministres, issus du Parti du peuple mongol (PPM) – disposant d’une courte majorité depuis les élections législatives de l’été 2024 – ont souffert d’un vote de non-confiance à quatre mois d’intervalle. Le premier (juin 2025) a été précipité par la chute de popularité du dirigeant (particulièrement auprès des jeunes) en raison de suspicions de corruption provoquées par les dépenses ostentatoires de sa famille ; il a ainsi été contraint à la démission, provoquant le départ de la coalition du Parti démocrate (42 sièges), devenu le principal parti d’opposition. Le second vote (octobre 2025) a été entrainé par le désaccord au sujet de la taxation des exportateurs de minerais, sur fond de querelles intestines entre conservateurs et réformistes. Jugé inconstitutionnel, ce dernier vote a finalement été annulé, permettant à Gombojav Zandanshatar de conserver le pouvoir. Le président du Parlement a démissionné à la suite de cette séquence, qui a mené à une recomposition des alliances : le Parti vert - volonté civile (4 sièges) a rejoint la coalition gouvernementale déjà composée du Parti travailliste national (8 sièges) et du PPM (68 sièges). Le mécontentement de la population croit, tout comme les attentes d’une meilleure redistribution des revenus de l’exploitation minière.
Sur le plan international, la Mongolie, pays enclavé avec la plus faible densité de population au monde, très dépendante économiquement de la Chine et de la Russie, cherche à s’émanciper de ses deux gigantesques voisines, à travers sa doctrine diplomatique du « troisième voisin ». Pour l’instant, la Chine, principale destination des exportations mongoles, demeure cruciale pour l’économie du pays, qui dépend également de la Russie pour ses importations de pétrole et de gaz. Néanmoins, la Mongolie résiste tant bien que mal, par exemple en refusant d’intégrer l’Organisation de la coopération de Shangaï, ou en affichant sa neutralité vis-à-vis des relations sino-taiwanaises et russo-ukrainiennes. Ses richesses en minéraux stratégiques (terres rares, cuivre, uranium) constituent une formidable opportunité de diversifier ses relations en accueillant sur son sol d’autres puissances économiques – bien que cette ouverture dépende aussi du bon vouloir chinois, principal sas avec le reste du monde. En ligne avec cette stratégie, le pays a signé des protocoles d’accord sur la coopération minière avec la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, le Canda, l’Australie, les États-Unis, la Corée du Sud, le Vietnam et la Turquie.
Cette tentative d’émancipation se reflète aussi bien sur le plan régional, via la signature d’accords globaux de partenariat avec l’Ouzbékistan et le Kirghizistan et un accord de coopération commercial et aérospatial avec le Kazakhstan. La Mongolie entretient aussi d’excellentes relations avec l’Inde, notamment grâce à leur proximité religieuse et leur doctrine de non-alignement. Ces bonnes relations se manifestant par un dialogue bilatéral nourri, et par la coopération économique : l’Inde a par exemple financé, à hauteur de 1,2 milliards de dollars, la raffinerie de pétrole d’Altanshiree, qui permettra à la Mongolie de réduire sa dépendance aux hydrocarbures russes. L’Inde pourrait aussi représenter un débouché de substitution pour le charbon mongol.

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