Croissance portée par l’investissement et la dépense publique
La croissance a été dynamique depuis la pandémie, portée par les activités hors hydrocarbures, la consommation et l’investissement public. La consommation des ménages a bénéficié des augmentations de salaires dans le secteur public, des revalorisations régulières du salaire minimum et des transferts sociaux (allocations chômage, subventions alimentaires). L’investissement public a aussi joué un rôle central, notamment dans les infrastructures, le logement et les transports. En décembre 2025, la Banque africaine de développement a accordé un prêt de 747 millions d’euros pour financer la première phase d’une ligne ferroviaire destinée à relier Alger à Tamanrasset. Ce projet s’inscrit dans le programme ambitieux visant à doubler le réseau ferroviaire national, de 5000 à 10000 km d’ici 2030. Le pays a poursuivi ses efforts de diversification économique, avec un accent particulier sur l’agriculture, deuxième contributrice au PIB (13% du PIB, 10% de l’emploi), un secteur qui reste toutefois en deçà de son potentiel et de la demande locale. Les services (45% du PIB, 60% de l’emploi) ont profité de la demande intérieure soutenue.
Cependant, la baisse des prix des hydrocarbures et la réduction des quotas de production par l’OPEP+ ont réduit la marge budgétaire de l’État, limitant les dépenses publiques à partir de 2024. Ainsi, en 2026, la croissance pourrait continuer de s’éroder lentement, même si elle resterait soutenue par la normalisation progressive de la production pétrolière (levée des restrictions OPEP+) et par des investissements locaux et étrangers accrus dans l’énergie. En octobre 2025, le ministre de l’Énergie et des Mines a annoncé un plan d’investissement de 60?milliards USD dans les hydrocarbures entre 2025 et 2029, dont près de 80?% seront consacrés à l’exploration et au développement, le reste finançant des projets en aval tels que la nouvelle raffinerie de Hassi Messaoud (prévue en 2027), des usines de méthanol et des infrastructures pétrochimiques. Parallèlement, les investissements étrangers contribueront à accroître la production gazière et la capacité des conduites, corrigeant des années de sous-investissement et augmentant les volumes d’exportation. À cet égard, Sonatrach a signé, en octobre 2025, un contrat de partage de production de 5,4?milliards USD avec Midad Energy (Arabie saoudite) pour l’exploration et le développement dans le bassin d’Illizi, visant environ 1?milliard de barils équivalent pétrole sur 30 ans. Les investissements extérieurs se poursuivront dans la mine, tout comme ceux de l’Etat dans le logement, l’adduction d’eau, l’assainissement et la production électrique. Par ailleurs, malgré la contrainte budgétaire, les dépenses sociales ne seront pas sacrifiées, afin de ne pas susciter trop de mécontentement social.
En 2025, l’inflation a continué de ralentir, grâce à la baisse des prix alimentaires, au contrôle des prix et à la stabilité du taux de change officiel, malgré un écart croissant sur le marché parallèle. Face à ces pressions déflationnistes, la Banque centrale a assoupli sa politique monétaire pour la première fois depuis 2020 : le taux directeur a été abaissé à de 3% à 2,75% et celui des réserves obligatoires de 3% à 2% fin août 2025. Cependant, la politique monétaire a une faible influence sur le crédit et l’activité du secteur privé. En 2026, l’inflation devrait légèrement repartir à la hausse, sous l’effet de dépenses publiques soutenues du fait de leurs poids dans l’économie, et de restrictions plus strictes sur les importations.
Déficits jumeaux : un retour marqué par la chute des revenus pétroliers
Depuis 2024, la situation budgétaire s’est fortement dégradée sous l’effet conjugué de la baisse des revenus issus des hydrocarbures et de la hausse ininterrompue des dépenses publiques. Les hydrocarbures représentent environ les deux tiers des recettes de l’Etat, ce qui rend les finances publiques extrêmement vulnérables aux fluctuations des cours mondiaux. Les dépenses publiques, resteront dominées par les dépenses sociales et militaires. Le gouvernement maintiendra en 2026 un niveau élevé de transferts sociaux et de programmes d’emploi, afin de prévenir les tensions sociales. Les dépenses militaires représenteront ¼ des dépenses. Ainsi, le déficit budgétaire, déjà très élevé, devrait atteindre un pic en 2026 dans l’attente de mesures de consolidation budgétaire prévues à compter de 2027.
Avec l’épuisement du Fonds de régulation des recettes (FRR) en 2024, qui constituait le principal amortisseur budgétaire alimenté par les excédents pétroliers, le financement du déficit repose désormais quasi exclusivement sur l’endettement domestique. Le ratio d’endettement public devrait continuer de croître en 2026, avec le risque que la Banque centrale reprenne le financement monétaire direct (pratique abandonnée en 2019) pour couvrir les besoins budgétaires. Une consolidation budgétaire semble inévitable.
Le déficit courant, réapparu en 2024, devrait continuer de se creuser en 2026, mais moins. Le recul des revenus des exportations d’hydrocarbures, provoqué par la chute des cours, devrait être atténué par l’augmentation des quotas de production de l’OPEP+, ainsi que des quantités de gaz exportées. Parallèlement, la facture d’importations restera élevée, tirée par la vigueur de la consommation et l’investissement. Ainsi, la balance commerciale, devenue déficitaire en 2025, devrait se creuser davantage en 2026. En outre, le léger excédent de la balance des revenus secondaires lié aux remises des expatriés est bien inférieur aux déficits cumulés des revenus primaires (rapatriement de bénéfices par les sociétés étrangères) et de la balance des services, creusés par l’essor des investissements. Le déficit courant est essentiellement financé par les réserves de change qui restent confortables (10 mois d’importations en juin 2025) malgré leur baisse de plus de 12 milliards de dollars entre septembre 2024 et juillet 2025. La montée des flux d’investissements étrangers contribue aussi au financement. Pour réduire la pression sur la balance des paiements, en juillet 2025, le gouvernement a imposé aux entreprises le Programme prévisionnel d’importations. Les entreprises doivent planifier leurs importations et les faire approuver.
Stabilité politique interne et diversification des partenariats extérieurs
Réélu en septembre 2024 pour un second et dernier mandat de cinq ans, toujours avec le soutien de l’armée, Abdelmadjid Tebboune poursuivra une gouvernance axée sur le maintien de la stabilité politique en 2026. Celle-ci repose sur deux piliers : des dépenses sociales élevées pour contenir le mécontentement populaire et un contrôle strict de l’espace politique. La concentration du pouvoir autour de la présidence, la puissance des forces de sécurité, la faiblesse de l’opposition et la répression des libertés civiles – via la propagande, le contrôle des médias et la marginalisation des voix critiques – devraient conforter le pouvoir jusqu’à la prochaine élection présidentielle prévue en 2030.
L’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU, en octobre 2025, de la résolution 2797, qui qualifie le plan d’autonomie marocain de « solution politique réaliste » et ne parle plus d’autodétermination pour résoudre le conflit du Sahara occidental, a ravivé les tensions entre Alger et Rabat. Elles sont amplifiées par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le territoire par quelques pays européens, dont la France. Malgré ces frictions bilatérales, la coopération énergétique avec l’UE reste solide, portée par la forte demande en gaz de celle-ci depuis la guerre en Ukraine. En 2025, l’Algérie a rejoint le projet SoutH2 Corridor pour livrer 4?millions de tonnes d’hydrogène vert par an à l’Europe via la Tunisie, signé avec l’UE et l’Allemagne le programme TaqatHy+ visant à accompagner le pays dans sa transition énergétique, et obtenu le feu vert pour Medlink, une interconnexion électrique sous-marine vers l’Italie. Parallèlement, Alger consolide ses liens avec les BRICS, en particulier la Chine, qui investit massivement dans les infrastructures, les hydrocarbures et les projets miniers, ainsi qu’avec la Russie, sa principale fournisseuse d'armes et alliée stratégique sur la question du Sahara occidental (elle s’est toutefois abstenue lors du vote à l’ONU). Cependant, soucieuse d’éviter une trop forte dépendance à Moscou, Alger a signé un protocole d’accord avec Washington, en janvier 2025, afin de renforcer leur coopération militaire. Enfin, la surveillance des frontières méridionales avec la Libye et le Sahel (Mali et Niger) reste une préoccupation majeure.

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